mercredi 28 novembre 2018

une dernière fois

Il aura traversé la vie sans vraiment dire un mot plus haut que l'autre. On lui aura fait beaucoup de ces sermons sur le comment et le pourquoi de ce qu'est vivre ou passer à côté. Au final, il n'en reste que de vagues idées impuissantes et la mort en face. Au final le voilà à la même place qu'un autre ; et la seule tragédie au devant des ténèbres lui semble les fantômes indécents des sermons qui médisent sur la teneur des temps écoulés. A bien y penser sa petite vie atone fut pleine d'une douceur inavouable. A bien y penser sa dite soumission a vu l'ébouriffement des ses cheveux par le vent du matin tout autant, les gestes et les incompréhentions ont bravé la journée froide, l'exces de silence a ouvert le même spectacle des instants. Oh certe il n'y aura pas le compte des gloires communement appréciées. Rien que de petits moments dont le récit ennuirai les accros du sens, les avides d'une existence narrable, contable. Oh certe son carnet d'addresse n'aura pas fait le tour du monde. Doit-il pour autant aujourd'hui regretter la vérité des accomplissements que chante les adages populaires ? Doit-il tout autant ne rien regretter ? Aura t il participé au destin du monde ? A dire vrai, Il arrive à saisir qu'il aura traversé sa routine sans vraiment dire un mot plus haut que l'autre et rien de plus. Il aura aimé ceci et été mécontent de cela. Et dans les hoquètements de ses derniers instants, il tente une dernière fois cette confiance aveugle.

vendredi 19 février 2010

Le feu d'artifice et la lune

Le soir du 14 juillet ; alors qu’amassé Sur les parterres et pelouses L’humain moyen les yeux écarquillés Regarde vers les cieux ; Le feu d’artifice, dansant en panache Tel une vipère andalouse, Apostrophe la lune soupirante : « Tu peux retourner dormir astre du temps jadis L’homme c’est lassé de ta pale mélancolie Regarde le l’ami, regarde ses yeux illuminés, Lorsque je jailli de milles gerbes colorées Ecoute ces chants, écoute le nommer mes pastels A chaque fois que j’étend ma corolle d’aquarelle Vois comme quelques éclatantes couleurs, grise sa vie Comme il chéri les illusoires strasses et d’un soir la chimère Vois comme il me vénère. Et constate ta solitude car pas un n’a de regard Pour ta rondeur impeccable, ton éternel phare Qui vieille chaque nuit… » La lune écoutait silencieuse Une larme immortelle sur sa joue s’écoulant Mais elle savait que bientôt s’en irait l’insolent Et qu’elle règnerait en maître aux yeux des passants « …Adieu vieille beauté, continua la vipère Tu as pour toi l’éternité. Moi ce soir je meurs. Mais demain et tout l’été Dans les chaumières en joie On parleras non las De ma grande éphéméride, de mes grâces de pacha Car l’Homme aime bien plus l’ardeur d’un moment Que l’infini douceur d’une tendre habitude » Sur ces mots le feu d’artifice s’éteint sous les bravos. Et dans le ciel calme ; Alors que s’en vont les foules de badauds S’extasiant encore de l’artifice ; La lune trône imminente et belle Mais seul Pierrot y attarde sont regard. (2005)

La fable du vent

Le temps en se matin de décembre est d’un tempérament chahuteur Et l’homme aux yeux bouffis, Passant la rue, se voit le jouet de son humeur Celui-ci contre le front de pluie s’était armé d’un parapluie Il avançait sûrement se croyant couvert le mieux du monde sous cet abri. Le vent n’y résiste pas. Il s’engouffre à loisir sous la voûte de toile S’y love, s’y agite de bon cœur, tant, que la demi sphère se dévoile Laissant l’homme sous le feu des gouttes d’eau qui fouette de plus belle, Cramponné a l’armature métallique d’un reste de quelque ombrelle. Cet autre, fort de cette scène, le rire aux lèvres, s’arme d’un K-way Et face au vent va, sur de son stratagème, le pas appuyé, l’honneur fait Mais le vent malin, décidemment des plus taquin se matin, relève le défi Et trouve par le bas le chemin de son jeu ; il gonfle l’imperméable habit L’homme étiré de toute part pris par le souffle se voit traîné, ballotté Puis sans préavis, balourdé sur le trottoir dans une flaque préparée Celui-là voyant la teneur du temps reste à son logis se croyant tranquille Mais aucun ne sera épargné en se matin, et le volet pris par le vent, vrille Frappe a grand coup, bat le mesure a tout va, tant, que l’homme n’y tient et vient. A peine la fenêtre ouverte, s’engouffre pluie et tempête, renversant l’humain Balayant bibelot et babiole, brisant miroir et verrerie, retroussant feuillet et plumet Ne laissant qu’un fatras de fioriture dont l’homme s’enorgueillissais à souhait Mais plus encore le répit ne serait pour personne et l’âme doucement endormie Pelotonné au plus profond de son lit se voit malmené à son tour elle aussi. Sur le toit de celui-ci la pluie tambourine sans vergogne, le vent sur le piano de tuile Joue l’air des matins assassins et douloureux, par l’aération des fenêtres siffle S’essouffle, crisse, tant, que l’humain ne peut trouver repos et se voit de cerne habillé Lorsque résigné à son sort il regarde dans le glace son visage éreinté De toute part on voit courir les hommes derrière un parapluie, des bibendums cahoter Dans leurs k-way, les maisons chambouler et les toits instruments musicale du temps La vengeance se consomme, l’homme dans sa grande impudeur se croyant tout puissant Avait volé l’autre nuit les rêves de dame nature… (2005)

La fonction supplante le grade

A l’armée on affirme que « La fonction supplante le grade ». Si beaucoup de pratiques y sont A juste titre, critiquées, Certains principes n’en reste pas Moins des plus intéressant. Ce mardi dans un club de sport S’en vient un habitué du lieu. L’homme, patron de profession, Et fort de ses privilèges, Y entre comme en sa maison Sans saluer, sans un regard (Pour y pratiquer le tennis Dont il est un grand amateur.) Le permanent d’accueil, jeune homme, Chargé au bon aloi du lieu Interpelle le su client. Il lui en faut par quatre fois, En tonalité créchendo, Héler le sieur pour lui demander De justifier son accès Avant d’avoir réponse. L’homme, riche de son statut, Invective le permanent : « Ca va bien oui ! Vous parler a qui, Depuis temps que je viens ici Vous pourriez savoir qui je suis Jamais on ne me hèle ainsi. Je n’ai pas votre carte, eh oui Que ferez vous, contre ceci Je vais jouer et puis c’est tout » Le jeune ayant pris pour partie Sur simple présentation de Bonne foi et d’humilité. D’une souplesse certaine, Trouva pour le coup la rigueur Du règlement bien avisée, Et petit sourire aux lèvres, Informe l’habitué, du cas. Celui-ci mord de plus belle : « C’est un comble ! Vous m’empêcher De jouer. Vous êtes qui pour cela Je vous félicite de votre Arrogance. Savez vous bien A qui donc vous vous adressez. On ne me parle pas comme ça A moi ! » Notre permanent triomphal Sur ceux répondant tac au tac : « Pour toute réclamation Vous pouvez voir ma direction ! Bien bonne journée monseigneur » Rien n’y pu, ni mots, ni statut Il s’en retourna sans jouer. Point s’en faut d’être trop riche De son statut et son orgueil. Cela ne donne les pleins droits. (2004)

Langueur miroitante

Une jeune femme que la nature folle N’avait dotée que d’attraits modestes Se plaignait en sa chambre De ne pas plaire plus. Elle dévisageait tristement son reflet Rêvant qu’un homme puisse y arrêter son regard Et s’y inspirer en certaines petites douceurs. « C’est vrai pensait-elle je ne suis pas si difforme, Je m’entretiens ; et puis je rie de bonne grâce ! » Mais qui faire, elle n’avait de ces rondeurs considérées Par la masse populaire (dont le regard est si aiguisé) Et traînait quelques déconvenues, De sa poitrine fine et de sa fesse un peu lourde. Dieu dans sa grande miséricorde fit passer par là, un homme. Un de ceux bien moins averti sur les us et coutumes du désir. Celui-ci l’œil curieux appâté par la transparence de la fenêtre Vint regarder la scène de la damoiselle en tenue d’Eve, Qui soupirait devant elle-même. Si l’on lui avait demandé son avis, Il n’aurait eu que faire de la modestie des ses formes : « Le sein est coquet, la hanche laisse entrevoir une certaine générosité… » Bref il trouvait plutôt charmante cette nudité impromptue. La jeune femme quand elle vit l’homme et son regard fort admiratif Se fâcha tout de bon : « Comment monsieur oser vous ! Je ne suis ni un pot de fleur ni une de ces dames de mauvaise vie Passez votre chemin et laissez moi tranquille. » Oubliant sa langueur miroitante, la jeune femme plaidait De ces mêmes adages qui la faisaient languir. (2004)

Les "gens" sont cons

Les gens sont cons en général ; Mais en particulier, Les cons sont en général des gens bien. Voyons cela : Un type, le caractère trop trempé, Du moins le semble-t-il en ce jour, Passe comme une furie dans la circulation dense d’une route nationale. Il mène son auto comme à Monza Astreignant les autres véhicules A céder passage. Tirant sur sa monture sans vergogne Faisant fort peu cas d’un quelconque code Ou de possibles dangers Ou de déontologie Dédaignant ces co-automobilistes Bref frisant de multiples accidents. Si une oreille avait pu s’attarder Dans chacun des véhicules l’ayant croisé se jour là Que de belles expressions, de notre si riche langue française aurai-t-il pu entendre : De poignants « Vas donc est chauffard du dimanche », A de tendres « Espèce de connard » En passant par d’émouvants « Trou du cul d’ta mère ; elle suce les ours devant l’prisu ta mère ; bouffe merde ». Mais surtout il aurait pu écouter la splendide chorale des joyeux conducteurs Reprenant en canon « les gens sont cons ! Les gens sont cons ! Les gens sont trop con ». Comment ne pas leurs donner raison n’es ce pas ? Cependant, pensant naïvement que la nature humaine Etait humaine justement Nous avons mené enquête sur l’homme en question. On interview donc un ami de l’homme. Celui-ci, Très heureux de voir du monde d’ailleurs, Nous dit qu’il est « formidable », Et nous conte une anecdote, Avec laquelle vous ferez certainement un rapprochement. « L’aut’ jour, nous dis-t-il, j’me trouvais chez moi. J’f’sais mon train, train, parce que voyez vous, quand on est vieux on fait ça,… vous verrez. Alors je faisais mon train, train. J’descends aux courses. D’ailleurs c’tait un jour sans, parce que, en plus, y avait pas d’la baguette que j’prends d’habitude. Voyez comme c’tait pas l’jour, un. Y z’avait plus qu’de la blanche, or moi c’tait pas d’la blanche que j’prends d’habitude, C’tait d’la campagne vous voyez. Alors… « Oui monsieur, c’est intéressant mais venez en au fait je vous pris » « Bon, bon ! …Donc j’tais rentré chez moi après avoir tout fait ma p’tit sortie Et puis j’arrosais mes fleurs voyez vous ! Les pauvres petites qu’elles avaient sacrément soif avec tout c’te soleil qu’avait à l’époque. Vous savez comme qui disait a la télé : la canicule et tout ça. Et c’est vrai que sa faisait sacrément chaud. Chai pas si vous vous souvenez, mais de dieu qu’c’était la fournaise, que même l’air qu’il était chaud… « oui on souviens oui et après ? » « Et v’la tis pas que j’me retrouve avec les jambes qui flanchent et les yeux pas clair. Tout qui était flou dis donc. Bah moi j’tape n’importe quoi sur mon téléphone. Vous savez c’est pas simple leurs p’tits engins maintenant avec plein d’boutons en miniature. Y z’on d’ces idées les jeunes que c’est plus compliqué qu’avant. Nous on n’avait pas besoin tout ça qu’on savait s’débrouiller et… » « Oui monsieur on n’en doute pas mais… » « Ah oui vot’ type là ! Donc ça a du l’sonner parce que quinze minutes plus tard qui déboule chez moi dis donc. Que j’sais même pas comment qui la fait si vite ; C’est qu’c’n’est pas trop à côté qui crèche le gamin. Bref v’là qui m’fait boire, Qui fait sombre dans l’appart, Qu’les pompiers s’ramènent et m’font plein d’trucs Et qu’apparemment s’que disait l’adjudant qui m’as sauvé la vie l’gamin. C’est pas beau ça. Bah c’est pas tout l’monde qui l’frais. j’vous dis : les gens sont tellement cons ! » (2004)

la "bus" attitude

« Mosieur, pourriez vous, je vous prie, me laisser passer. Je descends, ne vous plaise, aux prochaine arrêt » C’est ainsi qu’une dame, dont l’âge n’a de grâce Que la haute éducation, parlait, en bus, à son voisin. Le gentleman, bien raisonnable, lui répond : « Je ne peux, madame, accéder à votre pressente requête Car je suis, voyez vous, interdis de passage par ce gaillard Ci, lui même bloqué par cette autre là, et, si vos yeux s’y prêtent, Vous verrez que cette autre aussi ne peut pas plus mouvoir. Il faut, j’en suis bien désolé, prendre patience. A l’arrêt demandé le bus fait sa halte, sans leurre, Et les portes, en s’ouvrant, vous ferons haie d’honneur » Mais les dames du monde voient le temps financier Et ne s’accommodent guère de l’implacable bon sens, Lorsqu’elles ébauchent ainsi d’obligeantes politesses. « Mais ne voyez vous pas quand serrant là, tout contre ce poteau, Madame en est témoin, je pourrais m’avancer ainsi vers l’escalier, Car l’arrêt desservi, si je n’ai pu alors atteindre la sortie, Le chauffeur impatient, car il doit bien l’être le rude, Sa profession m’en gage foi, roulera sans attendre, M’emportant bien loin de mes saintes habitudes. Mosieur, s’il vous plait, fort courtoisement, faite moi place ! » « Madame bien mes condoléances pour vos manières quotidiennes, D’une courtoisie aigue rétorque le même homme, Mais ce poteau là, n’a pas de ces souplesses d’esprits, Et je réédite mon impossibilité de faire mienne, Vos subtiles stratégies pour conquérir le temps, Car, hélas, nous sommes bien nombreux ici ! » La bus tout entier ce met soudain à battre la mesure Les regards se tournent vers la joute engagée en se lieu. Là, une chorale déconcertée dodeline de la tête et de l’âme. Par ici, un soprano s’élève : ne pourrions nous descendre mosieur ? Un alto répond : mais bien sur que si, à l’arrêt, vous le pourrez, madame ! Et d’éparses petites fugues de rires en canon préludent la fêlure : « Mosieur laissez-moi, je vous prie et re-pris, passer ! » « Je ne puis, c’est assez ! » « Ne sauriez vous pas malotru, gredin, je vous somme d’obligeance ! » « Et vous bien sénile, sans grain, garnissez vous de sens ! » Tout ce temps en conjecture, le bus va bon train et la halte se fait. Force de constater que le passage s’ouvre et le temps ne manque pas, La dame se tais alors, ne donne pas d’excuse, et suis le cortège de pas. Mais notre homme est orgueilleux et de son déplacement, l’épaule se défait Qui bouscule madame et la guide au tapis sans autre forme de procès. « Oups, l’homme dit, de quelle maladresse je suis ? » et s’en va goguenard Laissant les convives du bus juger son acte comme du ou sans art La vieille, descend, tout vêtu de poussière, mal aise, grommelant, mais à quai ! Deux mots à vous gens humain : Les bus sont des lieux conviviaux, où le « savoir vivre » s’y agrée volontiers. Si la politesse se targue de se savoir, Et être dame du monde riche de cela est une bien belle chose à valoir, Elle ne peut contre tout, et surtout le bon sens, faire office de légitime priorité. A trop en abuser on récolte les conflits et leurs désagréments ! (2004)